La contribution du secteur bancaire à la promotion de l’initiative privée

 

Par SOUAIBOU ABARY

Directeur Général Afriland First Bank CD

editée par Jeune Afrique/ speciale afrique cenrale 2018

 

Il n’est pas rare de lire, ni d’entendre que la RD. Congo est un scandale géologique, faisant ainsi référence aux immenses ressources du sous-sol, sans oublier les vastes étendus de terres arables, fauniques et sylvicoles. Pour autant, cette richesse multiforme et plurielle tranche non seulement avec le niveau de développement du pays, mais fait ressortir un tissu économique à promouvoir. Et c’est ici que l’on peut ressortir le rôle que pourrait mieux jouer le secteur bancaire, notamment dans la promotion de l’initiative privée. L’objectif d’un secteur privé fort se justifie par le souhait pour la RD. Congo de ne plus être tributaire des cours des matières premières dont la manipulation lui échappe, mais d’être à mesure de résister aux chocs par une transformation locale et une diversification de son économie par le biais d’un secteur bancaire agissant et à l’écoute.

Les sources de croissance varient d’une nation à une autre, car convergentes des spécificités qui lui sont propres. Si certaines nations excellent dans l’industrie, les services, ou encore l’exploitation des ressources naturelles, elles le doivent à de belles réussites entrepreneuriales, aidées en cela par une administration garante et portée vers la transformation positive de la société. Si l’administration s’attelle dans le rôle régalien qui lui est dévolue, il reste donc au secteur privé (qui est un concentré de grandes entreprises, de PME et d’entreprises individuelles) d’orchestrer sa partition, notamment dans la création de la richesse, des emplois, la fourniture des biens et des services. En clair, de contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations.

Devons-nous exclure du champ de cette réflexion les grandes entreprises pour ne conserver que les PME qui intègrent les entreprises individuelles ? Que non, car elles font partie de la solution. Leur stature, leur grandeur et leur structuration fonctionnelle leur donne un accès sans trop de difficultés aux divers guichets de financement. Par contre, il faudrait relever un probable accompagnement des PME dans le cadre de la sous-traitance, et plus, dans les actes de cautionnement pour faciliter à ces dernières l’accès aux financements bancaires. La Préoccupation majeure, est-celle de savoir si le secteur bancaire peut-elle promouvoir la PME dont nous sommes tous conscient que c’est la seule alternative à l’auto-emploi des locaux et au développement et à la croissance de la RD. Congo ?

Le secteur bancaire congolais est aujourd’hui riche de 17 banques avec un total bilan au 31 décembre 2017 qui se situe à USD 5 522,86 millions, avec les Fonds Propres qui s’élèvent à USD 639,81 millions en nette progression depuis 2013. Ce qui traduit la capacité du secteur bancaire à contribuer à l’essor économique du pays. L’encours des crédits au 31 décembre 2017 s’élève à USD 2 010,67 millions, soit environ 40% de la capacité de financement du secteur bancaire en adéquation avec les fonds propres qui pourraient supporter des engagements à hauteur USD 5000 millions. Si le secteur bancaire arrive à résorber ce Gap, et qu’un tiers seulement, soit USD 1000 millions est consommé pour les investissements, la RD. Congo propulserait le taux de croissance de son PIB d’environ 5 points. Il faudrait à cet effet combiner des actions sur plusieurs facteurs, précisément sur le type des financements et la mobilisation des ressources.

Actuellement, les dépôts détenus par les banques au 31 décembre 2017, s’établissent à USD 3 725,27, essentiellement constitués des ménages (48%), des pouvoirs publics (28%) et des entreprises privées (19%), pour un taux de bancarisation inférieur à 10%. Ceci démontre qu’il y a une cible à conquérir et une épargne auprès des ménages à mobiliser. Tout en prenant en compte que le particulier d’aujourd’hui et un futur entrepreneur. Il faudrait à cet effet, une intensification des efforts commerciaux afin de ramener l’épargne vers les banques. Ceci se traduirait en l’occurrence par :

§  une expansion continue du réseau d’agence à l’intérieur du pays ;

§  une amélioration significative de la qualité de service rendue à la clientèle et désormais ;

§  une transformation technologique par la digitalisation : c’est une application mobile qui permet d’accéder aux services jusqu’ici proposés uniquement en agence.

Ce déploiement redonnera confiance à la population vis -à-vis du secteur bancaire et canalisera l’épargne qui est en réalité, la seule source nourricière de l’investissement.

 

S’agissant du crédit, Les entreprises privées et les ménages en sont les principaux bénéficiaires. Il s’agit essentiellement des crédits de décaissement (découvert bancaire, prêt à terme…) à plus de 90%. Si pour les ménages, le problème ne se pose pas, les PME par contre considè­rent l’accès au financement comme un frein ma­jeur au développement de leurs activités. Ces derniers font appel de préférence aux découverts qu’aux crédits d’investissement et au crédit-bail pour financer leurs projets. La principale raison des difficultés des PME à obtenir les prêts d’investissements auprès des banques  est le manque de garanties, la dotation valable limitée en capital, le déficit de communication financière et rétrospective, le manque d’expérience commerciale du promoteur, et de politique d’encadrement et de promotion de la part de l’Etat. Si le manque de garantie est prépondérant, il est justifié par l’insécurité judiciaire et règlementaire que subissent de plus en plus les banques, justifiées en cela par des taux élevés des créances douteuses et compromises enregistrés auprès de ce compartiment de clientèle dans le secteur bancaire. D’où la nécessité pour les banques, tout en tant restant regardantes sur la notion risque de défaut de paiement, de créer en leur sein des guichets spécialisés d’accompagnement des entreprises privées et qui intégreraient des modules de formation à la gestion des entreprise, la notion du respect des engagements par une sensibilisation à une prise de conscience morale, mais également sur les nouveaux instruments financiers à savoir :

§  le capital-risque ;

§  le crédit-bail ;

§  l’affacturage.

Il revient dès lors, et c’est la vision partagée par Afriland First Bank depuis sa création, de susciter l’émergence d’une génération d’entrepreneurs qui donnerait à la RDC, une nouvelle envergure à son économie, pas dans l’optique d’exceller simplement dans le commerce et ses métiers sous-agents que sont le négoce et la distribution, mais surtout dans la production et la transformation. Les potentialités minières, agricoles, fauniques en font de véritables opportunités. Pour cela, nous optons pour une parfaite symétrie, voire une fédération des efforts entre l’Etat, le secteur privé et les banques pour intégrer dans cette architecture, les fonds de garantie. Ce nouvel attelage apportera un accélérateur à l’éclosion d’un secteur privé capable de relever les immenses défis de la RD. Congo d’aujourd’hui et de demain.